Témoignages

 

PAROLES DE DOCUMENTALISTE

Mots contre maux

Anne-Marie Faubel , documentaliste, lycée Jacques Prévert, Longjumeau

Le pédagogue est celui qui aide l'autre à se construire. On ne peut forcer personne à apprendre. On ne peut pas décider d'aimer, de désirer à la place d'un autre. Mais on peut lui offrir un environnement favorable. Le pédagogue doit être " un pourvoyeur d'occasions " selon l'expression de P. Merrieu . Les jeux de mots ont guéri bien des maux. Je le sais pour avoir animé au collège en tant que professeur des clubs poésie, puis des ateliers d'écriture, produit avec régularité des recueils de textes illustrés en liaison avec le professeur d'arts plastiques et des écrivains, grâce à l'appui du chef d'établissement

. L'écriture comme une renaissance, comme une re-connaissance.
Élèves de Segpa, collégiens adolescents ont trouvé en eux les moyens de faire jaillir en mots leurs doutes persistants, leur peur de grandir, leur fraîcheur, leur innocence, leur exubérance aussi, l'inscrivant dans l'espace d'une page et dans le temps.
Documentaliste, je me suis efforcée de faire du CDI le lieu privilégié de la lecture et de l'écriture au travers d'expositions, de rencontres avec des écrivains, des conteurs de conférences.
Mais écrire ou faire écrire, travailler l'écrit suppose une familiarité, une connivence qui se forgent patiemment dans la proximité d'une relation quotidienne entre l'élève et son " passeur ".
Or, pour les élèves entrant en 2nde, la documentaliste est souvent bien lointaine . C'est " la dame du CDI ". Elle n'a pas de nom. Le CDI, est le lieu parfois excentré, " repaire d'intellos " où de nombreux élèves refusent de mettre un pied.
La relation de proximité ne peut s'instaurer que dans le cadre d'échanges réels avec les professeurs, dans le cadre d'activités menées conjointement, au début d'année tout au moins : présentation d'ouvrages coups de cœur, de nouveautés, écritures d'articles pour le journal lecture de poèmes.
Cette connivence, c'est à dire accord tacite, entente spontanée, cette intelligence secrète doit exister aussi entre le professeur et la documentaliste.
L'aide individualisée me paraît être un cadre favorable au développement de cette relation de confiance entre l'élève, le professeur et la documentaliste.
Le CDI du lycée a été le cadre cette année d'animations conjointement impulsées par un professeur de lettres et la documentaliste : lecture de textes, écriture de poèmes, exposition et conférence autour de Balzac. Un concours de poésie et la réalisation d'un recueil sont prévus. Mais les heures de concertation ont manqué. Quand a-t-on discuté des projets, des moyens, de l'évaluation ? Au téléphone, le plus souvent. Comment envisager alors des actions avec d'autres professeurs ?
Le travail a été rendu plus difficile du fait que deux documentalistes exerçaient à mi-temps ; mais les années précédentes ont prouvé qu'un seul poste de documentaliste au lycée ne pouvait permettre d'exploiter toutes les ressources du CDI pour développer au maximum la collaboration entre documentalistes et professeurs. D'autres manières de travailler sont en gestation . L'aide individualisée
en offre une voie intéressante. Des réformes sont certes indispensables, des postes de documentalistes aussi pour un travail plus approfesseurondi, à condition peut-être que les relations entre enseignants de lettres et " CDiste " soient moins épisodiques et moins lointaines…