Stratégies de lancement


Présenter positivement l'heure d'aide individualisée en début d'année

Hélène Sabbah

Problématique :

Il est certain que la manière de présenter l'heure d'aide individualisée induit chez les élèves des réactions et des représentations diverses : sentiment d'être parmi les " bons " ( ceux qui n'en ont pas besoin ) ou parmi les " mauvais " ( ceux qui sont désignés) ; sentiment de valorisation ou de dévalorisation, de hiérarchisation, de classement. Les images personnelles sont en jeu, par rapport à la classe, par rapport au professeur, par rapport à la discipline. Il faut donc, pour le professeur, être attentif aux questions d'amour propre.

L'heure d'A.I, " heure en plus " connote soit l'idée d'une corvée (heure de cours supplémentaire pendant que le reste de la classe n'a " rien à faire ") soit l'idée d'une heure permettant d'en faire plus, d'apprendre plus, et donc de bénéficier d'une sorte de privilège. Le discours de présentation peut orienter la perception de cette heure dans la première ou dans la seconde direction. Il faut donc être vigilant. De la présentation dépendra sans doute une part de l'efficacité du dispositif.

I/ LE CONTEXTE DE LA PRÉSENTATION

Premier cours de l'année consacré à la présentation du travail de français en classe de seconde :

1/ Vérification avec les élèves de l'emploi du temps de français : tel cours, à telle heure, dans telle salle, avec telle modalité , classe entière, heure de quinzaine, module, aide individualisée

2/ Définition de l'heure de quinzaine (classe entière), de l'heure de module (groupe).

3/ Présentation de l'heure d'aide individualisée, nouveauté de la rentrée 1999-2000.

II/ DÉFINITION ET PRÉSENTATION

  • Une heure par semaine, avec indication du jour et de l'heure, dans tel lieu ( au lycée Galilée, cela se passe dans de toutes petites salles réservées aux cours de langue en petits effectifs).
  • Cette heure existe aussi en mathématiques ( utilité pour les professeurs d'une même équipe de s'être concertés à propos d'une définition commune et de la présentation d'objectifs semblables).
  • Une heure réservée à un groupe de 8 élèves maximum : très petit effectif qui doit permettre une attention plus grande du professeur, une présence plus efficace, une aide mieux adaptée .Cette heure doit permettre aux élèves qui rencontrent une difficulté particulière de travailler dans un objectif très précis ( vaincre la difficulté en question) avec l'aide du professeur. La notion d'individualisation doit être mise en relief : l'élève doit savoir que le professeur va l'aider personnellement, en lui montrant que même s'il y a une (ou des) difficulté(s), il y a aussi des acquis et des compétences, ce qui doit être rassurant.
  • Faire remarquer que tout élève de seconde peut à un moment ou à un autre rencontrer une difficulté particulière : le programme est important, les notions abordées sont complexes, il y a souvent un fossé entre le collège et le lycée, notamment dans la manière de travailler, avec une assez grande disparité dans ce qui a été acquis au collège ( hétérogénéité des classes de troisième, des exigences, des manières de traiter le programme, des niveaux…) : cela se voit très vite en seconde, et les élèves le savent (nature et réputation des collèges). Dans ces conditions l'heure d'A.I apparaît comme une possibilité de combler certains manques, de se rassurer, de ne pas commencer l'année avec la crainte de difficultés potentielles. Dans ces conditions, il est assez facile de présenter l'A.I comme ce dont tout élève de seconde pourrait avoir besoin à un moment ou à un autre.
  • C'est le professeur de Lettres qui détermine la composition du groupe d'A.I et la durée d'une session / séquence (le terme est adapté puis que la séquence se définit comme un ensemble d'activités ayant un ou plusieurs objectifs) : 2 à 4 ou 5 semaines. Cette détermination se fait à partir d'une observation des difficultés rencontrées par les élèves . Une marge de 2 ou 3 participants non désignés laisse la possibilité à certains de venir volontairement. (voir à ce sujet les rubriques " Désignation " et " Analyse des manques et des difficultés ").
  • Avec l'expérience, il semble important de présenter l'A.I comme quelque chose de souple : un programme lourd annoncé à l'avance peut être décourageant. Au contraire, le fait de signaler que l'on peut sortir facilement de l'A.I, ou y entrer pour une ou deux séances d'appoint, sans contraintes trop lourdes, est de nature à rassurer les élèves : le système peut alors être compris comme une aide momentanée, correspondant à un besoin , et non comme un abonnement aux " pensum " du français.

III/ REMARQUES COMPLÉMENTAIRES

  • Il est également important de faire observer aux élèves que l'on ne peut remédier à une difficulté si celle-ci n'a pas été préalablement repérée, identifiée et analysée. Chaque élève doit donc être particulièrement attentif à la manière dont il aborde le travail demandé, aux écueils qui se présentent à lui, mais aussi à ce dont il dispose pour le faire : il y a là une première modification à établir dans le rapport au travail demandé, à la réflexion qu'il doit susciter et aux compétences mises en jeu. C'est en ce sens que la participation " active " de l'élève, sa demande personnelle, le côté volontaire de la démarche ouvrent la porte à une manière de travailler autrement, aussi bien du côté élève que du côté professeur.