Stratégies de lancement

Des idées pour constituer les premiers groupes

Jacques Bonnaure

 

Les stratégies de lancement ont une importance décisive pour le déroulement des futures séquences d'aide individualisée.
On peut imaginer divers dispositifs. En voici quelques exemples.

Deux choses doivent être mentionnées dès les premières séances de l'année scolaire.
1/ Le caractère particulier de l'heure d'Al : un cours différent où l'on travaillera autrement, sans contrôle sommatif, en "petit comité" autour du professeur qui est disponible pour tous, et à qui l'on pourra poser toute question concernant le cours. Il faut absolument préciser - et il faudra encore le repréciser pendant toute l'année scolaire qu'il ne s'agit pas d'une mesure discriminatoire ni répressive.
2/ Plus difficile à "faire passer" , le système de sélection des élèves relevant de l'Al. Il faudra montrer que tous les élèves retenus pour une série de cours d'Al n'ont pas nécessairement les mêmes demandes, le même comportement (exemple de difficulté: un élève calme ou de niveau moyen pourra se sentir pénalisé d'être "invité" le même jour que tel autre élève perturbateur ou très faible. Il importe en effet de ne pas instituer à travers l'Al des groupes de niveau et d'empêcher la constitution de groupes spécialisés (les faibles en orthographe, les argumentateurs défectueux ... ). L'essentiel est que chacun comprenne qu'il vient là pour être aidé dans ses domaines à consolider, qui peuvent être analogues dans tout le groupe mais pas obligatoirement.

Comment lancer la pédagogie d'Al ?

Dès la première semaine de l'année scolaire et après avoir expliqué le projet à toute la classe, on pourra procéder de deux manières, différentes mais d'ailleurs pas exclusives l'une de l'autre.

1/ On répartira par exemple tous les élèves en plusieurs groupes d'environ huit élèves, sans critère de regroupement particulier (exemple: par ordre alphabétique).

Là, après avoir réexpliqué l'idée générale de l'Al, on demandera aux élèves comment ils évaluent leur niveau dans la matière. Il est possible que de nombreux élèves, par prudence et par vraie ou fausse modestie avouent diverses faiblesses, que l'on pourra leur demander d'analyser (Quels sont les points faibles? Les ressentent-ils comment des manques ou les a t-on persuadés, dans les années antérieures, qu'ils étaient faibles en ces domaines?.). Ensuite, on pourra leur demander si des solutions sont envisageables, l'essentiel étant de leur faire problématiser leurs difficultés, afin de casser l'image essentialiste du "mauvais élève" qui est mauvais ... parce qu'il est mauvais! On ne perdra jamais de vue que le but de cette pédagogie est de faire en sorte que les élèves interrogent leur propre histoire scolaire, et cherchent à améliorer eux-mêmes leur niveau. Dans ces premiers entretiens collectifs, on sera vraisemblablement amené à parler des diverses parties de l'enseignement du français (orthographe, grammaire, rédaction, imagination, lecture , culture littéraire ... ). On n'hésitera pas à faire préciser à chaque élève du groupe comment il se situe par rapport à chacun de ces domaines.

Exemple d'exercice initial (particulièrement significatif si le groupe est faible):
On dicte un texte (niveau Brevet des Collèges) de cinq à dix lignes, en précisant bien que ce n'est pas une dictée notée. On corrigera en soulignant les fautes sans les rectifier. Il y a de fortes chances pour que l'élève puisse le faire de lui-même. On lui aura ainsi montré qu'une des principales lacunes avouées n'est pas due à un déficit de savoir mais d'attention. Ce n'est plus un problème cognitif mais psychologique. Le problème est donc déplacé. On peut alors réfléchir à ce qu'est la concentration...

2/ On pourra également procéder par entretien individuel.

Cette méthode prend plus de temps et peut décontenancer des élèves timides. Cependant, si l'on a ainsi l'occasion de discuter à bâtons rompus, sur les thèmes évoqués précédemment, on peut établir dès le début de l'année une relation de confiance. Cela peut être également le moment d'évoquer avec chaque élève, et en particulier avec les élèves étrangers, des questions plus personnelles sur leur rapport à la langue (on apprendra peut-être que l'on ne parle pas français à la maison ... ), à la lecture (les élèves lisent plus qu'on ne le croit, mais ils n'osent pas forcément avouer leurs lectures dont il s'imaginent souvent à raison qu'elles n'agréeront pas au professeur de lettres).

On comptera parmi les stratégies de lancement la présentation des activités d'Al aux parents, lors d'une première rencontre. Là encore, il faudra être clair. Les parents ont plus ou moins connu d'autres activités qu'ils imaginent semblables (cours de soutien, cours par groupes de niveaux, modules, voire cours particuliers). Il faudra donc préciser fortement et tout de suite que l'AI consiste en une gamme variée de pratiques visant à réduire certaines difficultés et faire de l'élève l'acteur principal de sa formation.