Quels travaux ?

Lire et commenter un texte
Donner un sens au travail de commentaire

 

Lire et commenter un texte

Corinne Leenhardt

Présentation du groupe :
Le groupe a été constitué de huit élèves ne sachant pas faire la différence entre raconter un texte et commenter un texte, entre accumuler des citations et repérer des procédés d'analyse qui témoigne d'une visée ou d'une logique textuelle. Les séances ont suivi le travail en classe entière, mais de façon à la fois plus libre et plus scolaire. L'activité de commentaire est très difficile à présenter en dehors de sa formalisation scolaire.
L'enfermement dans l'activité purement scolaire risque par simple effet de dérive risque de déporter les élèves du côté du simple repérage de citations.
Le travail présenté ci dessous ne peut se réaliser que lorsque les élèves sont déjà familiarisés avec les exercices de commentaire.
Objectifs : Commenter librement un texte à l'oral.
Évaluer des fragments de commentaire écrit.
S'approprier une méthode de rédaction de commentaire.
Commenter librement un texte en essayant de trouver des justifications liées au mode d'écriture.

Déroulement :
L'ensemble des séances accompagne un travail de commentaire de textes poétiques destinés à approcher la nature de la parole poétique et poursuit un travail d'évaluation finale sur la " Bête Humaine " de Zola. Il s'agit d'éviter aux élèves mis en situation de commenter d'avoir à tout inventer.

Séance 1
En classe entière, " Nuit " de Michaux a été travaillé en lecture rapide, on a essayé de dégager des axes d'étude. Deux élèves ont formulé pour la classe entière que ce poème était celui d'épousailles, celui d'une lame de fond emportant celui qui parle.
En aide individualisée, 4 des 8 élèves ont été envoyés dans une salle, seuls, leur dialogue a été enregistré. La consigne était de commenter le texte poétique en justifiant et approfesseurondissant les deux entrées que nous avions formulées. Cependant les quatre élèves restant effectuaient sous mon aide la lecture méthodique.

Séance 2
Nous avons analysé la cassette et vu à quoi s'étaient livrés les élèves. Pour commenter, ils ont relu, ramené à eux, à leur expérience, convoqué d'autres images et métaphores, raconté le texte, par là ils ont approfesseurondi l'interprétation personnelle mais ils ont fort peu analysé l'écriture du texte.
Nous avons arrêté les quelques moments où ils ont analysé le rythme. Nous avons souligné que la lecture personnelle est riche et incontournable, que les études plus rigoureuses permettraient d'aller plus loin.

Séance 3 : Évaluation collective de fragments de commentaire composé
Le texte avait été donné à commenter à la maison, les copies ont été rendues à la classe entière l'heure suivante, les élèves de l'AI devaient faire le commentaire des supports étudiés. Le texte est tiré de la " Bête humaine ", il s'agit du moment où Jacques fuyant Flore se rend compte que sa pulsion est revenue. Quatre fragments sont proposés, parmi eux le corrigé du professeur .

Compte-rendu de devoir : repérez les erreurs à propos de l'analyse de la pulsion.
. Présence du projet de l'auteur, d'une analyse de l'écriture.
. Présence d'analyse des procédés d'écriture.

Quand Jacques subit des pulsions, il ne se contrôle plus. C'est l'autre qui le commande. Ses sentiments vont à l'encontre de la logiqueC'est ainsi que Flore est déshumanisée quand il a sa pulsion meurtrière. En effet, une fois possédé, il ne voit plus que sa chair, " cette gorge chaude et brûlante. " Avec le champ lexical du meurtre, le sous-entendu meurtre de Flore se transforme en un meurtre d'animal avec certains thèmes comme " égorger " ainsi que le moment où Jacques prend les " ciseaux pour les lui planter dans la chair. " C'est dans cette tentative que consiste l'action.

 

Étudions en premier lieu cette pulsion :Toutes les parties du corps subissent la crise : le ventre, la face, les doigts, la gorge. De plus Jacques a envie de creuser le sol pour s'empêcher d'accomplir le meurtre (citation)Nous avons aussi une impuissance physique qui se révèle à travers son incapacité physique à rester debout " tomba vautré. " Ses forces ne lui appartiennent plus " jambes brisées. " Cette crise est si intense qu' "'elle se manifeste de manière sonore " sanglots râle ".

 

On constate que ce passage traduit bien ce que Zola veut montrer : Jacques a hérité d'une maladie : " Il était donc revenu ce mal abominable ", ici Jacques prend conscience de ce qui lui arrive, il redoute ce mal et prend la fuite. Dans un premier temps, il put se contrôler, néanmoins la pulsion du meurtre était là, il avait envie de tuer. Il est inférieur, moins fort que sa maladie qui le domine, qui l'écrase : " vautré sur le ventre, la face enfoncée dans l'herbe "Cette citation veut dire que sa pulsion va le mener à la mort ou encore à l'enfer. Cependant on voit que Jacques essaie de résister, on a un combat, Jacques voudrait vivre comme les autres.

 

Dans ce passage, Jacques est plus qu'un personnage, c'est un cas dont le romancier fait l'étude. . En effet le désir, la pulsion de Jacques sont décrits comme une maladie. Les expressions " ce mal, la fièvre, s'enrager, se croire guéri " évoquent le domaine médical et cette maladie semble redoutable. Tout souligne sa force, les adjectifs qualificatifs " abominable, grandissante, affolante ", la force proportionnelle de résistance puisque Jacques doit s'accrocher aux herbes. Ce terrible mal est héréditaire : le thème de l'hérédité est marqué par le préfixe " re " dans le verbe revenir, par l'allusion au passé de Jacques " du fond de sa jeunesse " et par l'usage du plus que parfait qui renvoie à un passé lointain.

Séance 4/ Tendre vers une méthode de rédaction

Reprise du 4° fragment et évaluation de la façon de rédiger.
Les élèves proposent de surligner les différents niveaux d'écriture.
On constitue un tableau dans lequel on redistribue le texte.
Les élèves d'aide individualisée présentent au reste de la classe cette méthode.

Un paragraphe de commentaire doit nécessairement contenir plusieurs niveaux d'analyse qu'on peut formaliser comme suit : Application au texte de Zola :

Idée de départ Citations du texte Analyse et nomination des procédés Effets dans le texte
Jacques = cas clinique
Zola = naturaliste
Mal ; fièvre, s'enrager, se croire guéri Lexique médical maladie
Jacques très malade

Abominable, grandissante affolante

Se cramponne aux herbes

Adjectifs qualificatifs

Verbe d'action

Force de la maladie, grandissement
Mal héréditaire Revenir
Du fond de sa jeunesse
Préfixe " re "Complément circonstanciel Hérédité comme destin qui pèse et qui vient de loin.

Un commentaire composé ou une étude littéraire doit montrer la façon dont un écrivain dans son texte (repérez en le genre) représente ce qu'il veut communiquer à son lecteur. C'est dans l'optique de l'écrivain que vous vous situez.
Vous devez montrer comment il se sert du langage et de ses procédés pour construire sa vision. Voilà pourquoi on doit retrouver toujours l'optique de l'écrivain et les procédés d'écriture (procédés grammaticaux et stylistiques) qui permettent de comprendre l'optique repérée.


Bilan : Ce travail sur quelques séances a permis d'allier une très grande liberté, il faut que les élèves s'autorisent à parler sur les textes, des textes et de la façon dont ils le veulent, et une très grande contrainte puisque une modélisation très scolaire est proposée. Il va de soi que la méthode n'est pas magique, que l'ordre des difficultés est le suivant :
1. Comment parler d'un texte et pourquoi en parler ?
2. Comment se décaler de sa lecture première ?
3. Comment ne pas s'enfermer dans des simples répétitions mécaniques de connaissances mal comprises.
4. L'ensemble reposant sur une compréhension qui fait l'objet d'un long travail de maturation : qu'est-ce que la représentation littéraire ?.

 

Donner du sens au travail de commentaire de texte

Bénédicte Milcent

 

"Le commentaire ça sert à rien"

Présentation des élèves
Un groupe rassemble d'abord trois, puis huit volontaires qui ne comprennent pas le sens de l'activité de commentaire d'un texte littéraire.

Analyse des besoins : Les élèves ont besoin de comprendre, de pratiquer l'activité de commentaire et de "s'approprier" les textes étudiés.

Objectif : surtout donner du sens à cette activité.

Déroulement de deux séances

1ère séance

Nous avons travaillé sur cinq textes traitant du thème de l'école (Le français méthodique au lycée, Hatier, pages, 76 et 77). J'ai laissé les élèves simplement parler sur ces textes à partir de questions simples : que ressentez-vous à la lecture du poème ? quelles sont vos premières impressions ? qu'entendez,-- vous dans ce poème comme jugement sur l'école ? qui parle ? qui raconte ? que remarquez-vous sur la forme du texte ? quelles différences apparaissent entre les textes ? quelles ressemblances ? etc.
Les trois élèves ont ensuite été invitées à écrire elles-mêmes un poème sur l'école, à le taper sans le signer et à me le faire parvenir discrètement.

2ème séance

Sont présentes sept élèves qui n'étaient pas là la fois précédente, et une qui m'a transmis le texte suivant:

Poème d'écolier : Elle ne sait pas ce dont j'ai besoin,
Et peut-être ne sert-elle à rien.
Avachie sur ma chaise, je laisse mes pensées au loin
s'évader par la fenêtre ouverte, la porte de toutes les libertés.
Mais soudain ce bruit sourd de la règle sur ma table
me rappelle à la réalité ambiante, dont j'étais si éloignée.
Les bruits de voix se font assourdissants, je n'entends rien.
On me parle, on me questionne, et pourtant moi je pars,
aussi loin que mes rêves me portent, seule et égarée, mais si libre.
Toutes ecchymoses cessent, la sonnerie retentit.
Libre, je sais qu'elle est là pour moi, cependant,
Donne-t'elle réellement un sens à mon existence ?

Nous avons dans un premier temps analysé ensemble le texte (sans que l'auteur dévoile son identité), dégagé des axes de lecture. Les sept élèves ont trouvé que cet auteur était très "proche" d'elles ! Dans le dernier quart d'heure, l'élève a avoué aux autres (très impressionnées et surprises) qu'elle avait écrit le poème et nous avons confronté nos conclusions avec ce qu' elle-même pensait de son texte. Il a été intéressant pour les élèves de constater qu'aucun des axes de lecture proposés pour ce texte ne trahissait les intentions initiales de son auteur, que nous avions bien fait émerger le sens qu'elle voulait donner à son écrit, et surtout que les caractéristiques stylistiques que nous avions dégagées participaient bien du sens de ce texte, même si son auteur comme elle l'a elle -même remarqué, ne s'était pas aperçu qu'elle avait "fait" des métaphores ou des champs lexicaux...