Quels travaux ?

Activités avec la communauté scolaire
Travail à partir d'un film

 

 

Activités avec la communauté scolaire

Bénédicte Milcent

"Participez davantage"

Séquence de cinq séances destinées à améliorer l'expression et la participation orales pendant les cours de français.

Présentation des élèves

J'ai choisi des élèves de deux types : les uns très discrets, timides et réservés obtenant des résultats moyens mais pas catastrophiques. J'ai également proposé l'AI à certains élèves complètement démotivés, passifs et en "attente" pendant les cours, obtenant des résultats très médiocres, voire très mauvais.

Analyse des besoins des élèves
Ces élèves ont besoin de prendre de l'assurance, d'apprendre à affronter le regard les autres, et aussi à trouver leurs marques tant dans la classe que dans le lycée.

Objectifs
Cette séquence a eu un double objectif : le premier était de donner envie aux élèves de participer, de les inciter à demander des explications, et aussi à faire connaître leurs attentes, leurs centres d'intérêt dans cette matière. Le second était de les aider à mieux s'insérer dans la classe, mais aussi dans l'établissement, où ils sont amenés à consulter d'autres interlocuteurs que les professeurs. C'est la raison pour laquelle certaines de ces séances ont été construites en relation avec la documentaliste, la conseillère d'éducation, le proviseur et le proviseur adjoint.

Déroulement de la séquence

1 ère séance

Objectifs : Faire le point, se fixer un objectif, entrer dans un débat en petit groupe, repérer ses qualités et ses difficultés lors d'un tel exercice
Laisser des élèves habituellement "muets" prendre la parole quelques minutes, leur faire mesurer l'importance pour le professeur de leurs réactions pendant les cours, faciliter leur participation en classe entière .

Description de la séance
Une demi?heure a été consacrée à un tour de table ; chacun a essayé de décrire son attitude en cours et de trouver les causes qui rendent la prise de parole difficile: timidité, peur du regard des autres, peur du jugement des professeurs, fatigue, difficulté à se concentrer, manque d'intérêt pour la matière ... Ils ont ensuite essayé de répondre à la question "à quoi ça sert de participer ?" ; les réponses ont été très intéressantes : "se faire connaître", "ne pas s'ennuyer", "commencer à apprendre le cours", "mieux comprendre", "faire savoir si ça nous intéresse". Puis chacun s'est fixé un objectif à atteindre au cours de ces cinq séances, et l'a écrit dans son agenda.
La seconde partie de la séance a été consacrée à un débat, à partir des questions suivantes : est-il toujours possible d'être sincère ? faut-il toujours dire toute la vérité ?"en relation avec l'étude du Misanthrope en classe entière, et notamment de l'affrontement entre Philinte et Alceste dans la scène 1 de l'acte 1. Dans les dernières minutes, chacun a été invité à noter ses qualités et ses difficultés lors de ce bref débat.Les élèves ont reçu pour consigne d'essayer de prendre la parole lors de l'étude de la scène en classe entière et de la reprise du débat.

Commentaires
Cette séance a été fructueuse, après un début un peu tendu pour certains élèves, d'un niveau moyen, très inquiets d'avoir été choisis pour venir en "AI". Le sujet du débat était trop difficile pour des élèves timides , les idées qui leur tenaient à cœur ont surgi dans les dernières minutes de l'heure. En revanche, lors de la reprise du débat en classe entière, à la suite de l'explication de texte, plus de la moitié du groupe est intervenue pour participer.

2 ème séance : Défendre ses idées, se faire entendre

Objectifs : Aider les élèves à défendre leurs idées à l'oral, à entrer dans un véritable dialogue avec les autres.
Déroulement : Chacun a écrit une idée qui lui tenait à cœur. Puis nous avons fait un tour de table. Chaque élève a exposé son idée, et tous les autres lui ont adressé soit une question soit une objection, auxquelles il a essayé de répondre "sur le vif"; chaque sujet a donné lieu à un échange d'environ cinq minutes, souvent très animé. Les dix dernières minutes ont été consacrées à la rédaction par chacun d'un paragraphe argumentatif, reprenant les différentes idées exprimées à l'oral. Cette séance a été très appréciée par les élèves et a conduit à certains "déblocages" puis, à une multiplication des interventions, par la suite, en classe entière, de la part de ces élèves.

3 ème séance au CDI: Préparer un exposé, ou la lecture d'un texte devant un public

Faire réfléchir les élèves sur les qualités à mettre en œuvre pour toute intervention devant un public.

Description de la séance : La séance a comporté trois phases : un tour de table, au CDI, a permis de cerner les qualités du "bon" exposé, les difficultés liées à l'exercice. Les élèves se sont ensuite répartis par groupe de deux. Chaque groupe a choisi un sujet en relation avec le théâtre (en lien avec le cours en classe entière) et a essayé de trouver une idée originale pour présenter l'exposé de la manière la plus efficace possible devant la classe entière (sous forme de "jeu", de sketch, etc..) ; les élèves ont été invités ensuite à prendre connaissance des documents utilisables au CDI pour la réalisation de leur travail

Commentaires : Les élèves sont repartis peu enchantés à la perspective d'une charge de travail supplémentaire. Mais la recherche d'une idée de présentation originale, recherche qui a fait l'objet d'un débat sur les moyens de susciter l'attention et de maintenir l'attention, a en revanche été appréciée. Deux exposés se sont finalement faits devant la classe et ont été très bien accueillis par les autres.

4ème séance : Lire un texte littéraire devant un public

Objectifs : Prendre confiance en soi, trouver une place au sein du lycée. Description de la séance : En lien avec une semaine de réflexion organisée par les CPE sur les rythmes de vie (pour aborder notamment tous les problèmes d'alimentation des élèves), j'ai proposé aux élèves une série de textes littéraires, sur les moments qui rythment la vie. Chacun en a choisi un et s'est entraîné à le lire, d'abord silencieusement puis devant les sept autres. Nous les avons lus plusieurs fois, et avons échangé nos impressions. Ces textes ont été lus ensuite par les élèves, à l'aide d'un micro, avec un fond musical, au CDI, au moment de la pause de midi, après quelques jours de publicité, par la voie d'affiches ou de messages dans les cahiers de textes. Cette lecture s'est organisée avec la documentaliste, et la conseillère d'éducation.

Commentaires : Les élèves ont été très inquiets dans les quelques jours précédant cet "événement". Il avait été convenu que chacun aurait la liberté de se désister au dernier moment en cas de trop grande panique. Une élève a "flanché", tous les autres ont affronté avec courage micro, public et présence d'adultes comme les documentalistes et la conseillère. L'expérience est plutôt réussie, d'autant plus que les lecteurs semblent avoir gagné une incontestable "aura" auprès de leurs camarades, venus les écouter.

5ème séance : Poser des questions à une personnalité intimidante

Objectifs : Prendre confiance en soi, entrer dans un échange, trouver sa place au lycée.

Description de la séance : Le proviseur et le proviseur adjoint ont chacune été invitées dans une séance de l'un des deux groupes. Chaque élève a préparé deux questions sur le métier de proviseur, le fonctionnement administratif du lycée, les projets de l'établissement etc.. Les élèves ont reçu pour consigne de poser leurs questions préparées mais aussi d'en improviser une au cours de l'entretien (demande de précisions sur tel ou tel point ) Ils ont dû noter les points importants de l'interview et préparer un compte-rendu à la classe. L'une des deux classes s'est distinguée par de très nombreux problèmes de discipline dans tous les cours.
Les élèves de ce groupe d'AI, toujours très discrets, souffrant parfois de certains affrontements dans la classe, ont semblé contents de donner une autre image de leur classe au proviseur adjoint

Commentaires : Cet entretien a été jugé très intéressant par les élèves eux?mêmes Cet exercice visait à améliorer l'aptitude à communiquer des élèves mais je suis consciente de son lien peut-être artificiel avec le cours de français proprement dit - à moins de donner à l'expression "faire du français" une définition plus extensible.

Bilan : Au bout de quatre séances, presque tous les élèves interviennent pendant les cours, certains manifestement se sentent mieux intégrés à la classe. Leur attitude dans la classe a changé : ils se placent par exemple dans les premiers rangs, au milieu et non au fond ou le long des murs, enlèvent leur blouson, se redressent, et les visages traduisent également des modifications. Le travail à la maison est mieux fait. Une certaine motivation réapparaît chez les élèves découragés en janvier. Le travail avec la documentaliste et la conseillère d'éducation se révèle être très agréable pour tout le monde mais reste difficile à mettre en pratique (manque de compatibilité dans les emplois du temps).
Avec la conseillère d'orientation nous avons changé d'approche. Nous pensions entretenir pour l'aide individualisée une collaboration sur les cas "dîfficiles" et sur des problèmes de discipline. En réalité il apparaît que l'aide individualisée ne suffit pas pour les élèves en très grande difficulté voire en "perdition". Dans les deux classes s'est posé le problème avec deux élèves en rupture totale avec le système scolaire, et qui auraient besoin d'une aide "individuelle", exclusive. Les élèves venant en AI ne posent aucun problème de discipline pendant ces heures?là, les retards et les absences sont exceptionnels et presque toujours justifiés. Lorsqu'ils dérangent les heures en classe entière, un bref passage en AI de maths ou de français suffit souvent à désamorcer les conflits.
Nous avons alors choisi de collaborer de manière pédagogique, et de trouver des échanges au sein d'action entreprises dans l'établissement, dont le tableau ci-joint offre quelques exemples

Exemples d'activités faites en aide individualisée en liaison avec la communauté scolaire

Compétences à développer en français (exemples) Travail avec le CDI Travail avec le CPE Activités pratiquées ou envisagées en aide individualisée
Distinguer l'essentiel de l'accessoire Exposition sur Balzac(mars) Élaboration par les élèves de plusieurs panneaux qui ont mis en lumière les points importants de chaque thème

Synthétiser à l'oral des informations

Cerner l'essentiel

Exposition sur Balzac

Conférence sur " Paris dans Le Père Goriot "

Élaboration d'un questionnaire et d'une visite guidée par les élèves d'AI, pour les autres élèves.Écriture d'un résumé de la conférence, de mémoire, pendant une séance d'AI.
Prendre conscience de la genèse d'un texte littéraire Affichage de photocopies de manuscrits raturés de Balzac : l'exemple d'un portrait remanié douze fois Observation des manuscrits et des modifications d'un texte à l'autre. Écriture et réécriture d'un texte personnel. Réflexion sur la notion de brouillon.
Améliorer l'expression écrite Une semaine d'information sur les drogues et les dépendances, puis sur les rythmes de vie, puis sur le sida. Recherche de textes littéraires évoquant des états de dépendance, évoquant les rythmes de la vie,Ou un sentiment amoureux / lecture de ces textes devant un public au CDI par les élèves d'AI.
Favoriser la lecture Invitation de la documentaliste à une séance d'AI pour une présentation de romans contemporains susceptibles de plaire à des élèves de seconde. Dialogue entre la documentaliste, les élèves et le professeur sur les motivations qui conduisent au choix de telle ou telle lecture : couverture, incipit, résumé, titre.
Favoriser la lecture Rédaction d'un " coup de cœur " : chaque élève choisit un livre qu'il a aimé, le présente en quelques mots à l'écrit, tape son travail qui est affiché au CDI. Travail de rédaction au cours d'une séance d'AI.
Favoriser la lecture Invitation de la documentaliste à une séance d'AI à la fin du mois de mai. Opération " la journée du livre " en juin Huit élèves désirant passer en première L imaginent avec le professeur et la documentaliste les modalités de cette opération destinée à favoriser la lecture pendant les vacances d'été.
Améliorer l'expression orale Fête du lycée, début février Écriture d'un dialogue théâtral, et réflexion sur sa mise en scène.
Améliorer l'expression écrite Journal du Lycée Journal du Lycée Rédaction d'un article, d'un texte argumentatif par exemple sur un sujet concernant tous les lycéens. Interviews d'autres élèves ou de membres de la communauté scolaire : prise de notes, élaboration d'un compte-rendu, rédaction, production d'un document tapé.
Améliorer l'expression écrite Écriture d'une brochure rassemblant des textes écrits par tous les élèves de seconde. Production de textes. Aide ponctuelle apportée à l'équipe chargée de rassembler les textes et de sélectionner les plus réussis : réflexion commune sur ce qui fonde la qualité littéraire d'un texte.

 

 

Travail à partir d'un film

Geneviève Antoni

Proposition de séquence pour 1 ou 2 séances s'appuyant sur l' "ouverture" de La Splendeur des Amberson, film d' Orson Welles

Présentation du groupe : Les élèves qui ne prennent pas la parole en classe

Analyse des besoins et objectifs
Ces élèves ne prennent pas la parole en classe. On peut reconnaître plusieurs motifs parmi les suivants:
Ceux qui n'osent pas dans le grand groupe : c'est déjà un atout en soi de les mettre en mini-groupe, Ceux qui n'ont aucune réaction devant un texte écrit, les textes ne leur 'disent'' rien. Ceux auxquels la lecture de textes pose problème, soit qu'ils renâclent à lire (chez eux ou en classe), soit qu'ils se montrent beaucoup plus lents que la majorité de la classe à prendre connaissance d'un texte (particulièrement lorsqu'il est proposé à l'observation en classe sans préparation à la maison), soit qu'ils ne comprennent guère ce qu'ils lisent, incapables de dépasser la paraphrase ou même le déchiffrage.

Objectifs correspondants

1. Favoriser la prise de parole
- en créant une situation nouvelle (souvent encore pour la pratique en cours de français), qui ne reproduit les situations du blocage habituel ni dans la quantité du groupe ni dans la forme du travail proposé :autre support (qui suscite plus aisément les réactions, qui leur paraît plus facile, plus attrayant, moins 'scolaire' donc moins grevé d'avance par le sentiment d'échec), autres modalités pour prendre connaissance du "texte" (tous ensemble; à la même vitesse imposée par le défilement; et, croient-ils, davantage à égalité) par là donc, "débloquer", donner confiance.

2. Permettre la mise en place de savoir-faire et de savoirs communs au texte écrit et au texte filmique
- en éliminant le repoussoir ou l'obstacle ou l'écran (!) que constitue le texte écrit
- en jouant sur le fait que (à moins de choisir un extrait qui relève plus du théâtre filmé que du cinéma) il ne peut y avoir avec le cinéma de paraphrase pure et simple, à proprement parler: surtout si l'on privilégie l'observation des "signes" non-verbaux, tout commentaire d'élève est déjà une verbalisation, une initiative, une production. (Là où l'enseignant analyse filmique stigmatiserait une 'paraphrase' ( ex. " Là, on voit une barque sur un lac " ou " il se regarde dans la glace " ), le professeur de français constate que l'élève a dû choisir - même si ce n'est pas délibérément - ce qu'il décidait de prendre en compte dans un plan, et peut donc faire discuter le groupe de ce choix et de ceux des autres élèves, sans avoir à éliminer aussitôt la proposition, d'un: "tu ne fais que répéter le texte".) Les élèves passent ainsi insensiblement à l'interprétation, d'autant qu'ils perçoivent plus aisément les procédés d'écriture cinématographiques que littéraires.

La nature particulière des savoir-faire et savoirs visés dépend de la séquence choisie, et inversement. L'exemple choisi: l' "ouverture" de La Splendeur des Amberson, film d'Orson Welles.(Du générique de début au plan portant dans la version originale** le sous-titre: " répandait la terreur ", soit 5 min. 38 sec.)

J'ai choisi cet extrait de film car j'ai eu l'occasion de l'expérimenter avec succès à deux reprises dans les années passées, une fois avec des élèves de Seconde TBB (une dizaine d'élèves), une autre avec des 1ères STT (5 ou 6), dans le cadre d'AI 'sauvages', dont j'avais senti le besoin: j'avais proposé une aide aux élèves en question, qui avaient été volontaires. Comme il s'agissait dans mon esprit d'un coup de pouce, une heure avait suffi, pour eux pour entrer plus volontiers dans un dialogue, pour moi pour mieux appréhender la nature de leurs blocages ou difficultés. On peut évidemment développer cette pratique s'il y a une demande, maintenant qu'on a le cadre non bénévole de l'AI.

Déroulement
- Pour tout l'aspect prise de parole, on ne peut donner de consigne d'exploitation: il faut improviser à partir de ce que disent les élèves ...s'ils parlent. Sinon, trouver des questions efficaces.
- Dans l'exemple choisi - un début de film de fiction -, les savoirs transmissibles et les savoir-faire (outre la prise de parole) relèvent essentiellement de la narratologie.(Notons qu'il est recommandé dans un premier temps d'éviter tout emploi d'un film qui apparaîtrait d'abord aux élèves comme l'adaptation d'une œuvre littéraire, auquel cas les blocages risquent de reparaître chez eux. Il nous est à nous professeurs de Lettres très difficile de renoncer à aborder la question de l'adaptation, qui nous ''tire en arrière'' dans notre approche du medium-cinéma. )
On n'est pas obligé d'asséner (s'ils ne l'emploient pas d'eux-mêmes) la terminologie cinématographique, l'objectif n'étant pas ici a priori l'initiation à l'analyse filmique, mais le détour par le medium-cinéma au service de l'expression orale et de l'acquisition de notions utiles à la compréhension des textes littéraires.(Si l'on voulait par ailleurs utiliser cet extrait comme base d'un entraînement au débat, on pourrait imaginer les gens de la ville débattant en deux clans: pour le mariage d'Isabel avec Wilbur Minafer, pour son mariage avec Eugene Morgan.)

On peut choisir la plus grande liberté: les faire se répondre les uns aux autres, quitte à accepter de passer du coq à l'âne. On peut tenter - mais gare à l'effet de blocage - de ranger les matériaux proposés en écrivant (ou faisant écrire) au tableau selon un classement qu'on leur fait trouver, donc leur apprendre à classer pour construire: ajouter donc un peu de méthodologie. On peut être encore plus directif et, une fois écoutées les premières réactions, orienter les questions vers la découverte des notions que l'on veut 'faire passer'

La question du temps: 1 ou 2 séances
On peut utiliser cet extrait avec en tête un seul des 2 objectifs ci-dessus ou les deux- Si l'on veut seulement favoriser la prise de parole, on n'y consacrera qu'une séance (il faudrait changer d'extrait et/ou de film si l'on voulait prolonger et développer l'effet de la 1° séance).- En revanche, si l'on veut mettre en place une véritable attitude d'interprétation et un certain nombre de notions, une heure seule ne suffit pas.- Si l'on souhaite enchaîner 2 séances pour répondre successivement à ces 2 objectifs, il faut se garder, si l'on ne veut pas vite refiger la parole, de la diriger dès une première séance vers les contenus (savoirs et savoir-faire) qu'on a en tête. Il faut accepter que ça aille d'abord dans toutes les directions, sans évaluer, en n'intervenant que pour 'relancer', de sorte que les élèves n'aient jamais le sentiment qu'on 'attend' une réponse donnée, la bonne réponse. Ce qui sera fait durant la 2° séance doit apparaître comme un pas de plus, surtout pas comme un corrigé de la 1ère
Pour la gestion de la parole comme pour la gestion du temps, tout dépend si l'on privilégie la prise de parole (même informelle ou désordonnée) ou l'acquisition de rigueur dans le vocabulaire et/ou la conduite du discours ou enfin l'apprentissage de notions.

Procédure:
Une (ou 2 séances) commençant par le visionnement du début, bien arrêté là où c'est prévu. On revisionnera des fragments chaque fois que nécessaire. La projection de l'œuvre intégrale, en souhaitant que ce travail ait attisé la curiosité des élèves, ne devra avoir lieu qu'après cette (ou ces ) séance(s).
Éléments de 'lecture méthodique', à mettre en œuvre selon les objectifs prioritaires N.B. On pourra difficilement se passer du mot et de la notion de "plan".

2/ Exemples de notions qu'on peut aborder:
Exposition, incipit- thématique.
Genre : comédie (de mœurs, de caractère, d'intrigue, gag répétition), tragédie, drame, mélodrame, chronique, saga...
Narration, récit; narrateur (à 1h23min.36sec.: "J'ai écrit le scénario et réalisé le film. Je m'appelle Orson Welles.")
Énonciation, focalisation.
Illusion réaliste. Diégèse. Durée narrative (contraction, accélération, ellipse; dilatation...) (N.B. si l'on a un magnétoscope qui affiche la durée en h., min., sec., on peut s'appuyer sur cet élément concret)
Composition, structure => rythme.
Repérage linéaire de quelques procédés et thèmes remarquables
: Enonciation ... : Voix du narrateur sur écran noir.
Accélération, ellipse :
- la séquence sur la mode
- la maison au printemps/ en hiver/ jour puis nuit
- les 2 visites de Morgan chez les Amberson
- vers 5min.20sec.: saut considérable entre la prédiction, avant le mariage et l'apparition de George Amberson Minafer enfant déjà grand
- thème du Temps, nostalgie, progrès.
"Background", traduit par "décor" alors que "cadre" me paraîtrait meilleur.
Dilatation, plus imperceptible: découpage de la première entrée de Morgan sous le porche des Amberson en 2 plans séparés par un autre (les gens devant la résidence), le déplacement étant en outre repris un peu avant le point où il se terminait dans le premier plan.
Qu'en dira-t-on, rang social, mésalliance.
Comique(?) de répétition: Morgan et ses fleurs.

3/ Exemples de questions pour susciter la parole:
- De quoi est-ce que ça parle?
- Qu'y a-t-il de remarquable au début? ... Pourquoi l'écran noir au début?
- Vous avez ri: qu'est-ce qui vous a fait rire?
- Qui dit "Wilbur, Wilbur Minafer !?"
- Quelle va être la suite de l'histoire?
- Qui est le héros, d'après vous ?
- Quand apprend-on le nom d'Eugene Morgan?
On peut, pour relancer en faisant découvrir comment cela modifie l'idée que le spectateur se fait de la direction que va prendre l'histoire, montrer les quelques plans qui suivent jusqu'au sous-titre "J'aimerais voir ça",vers 6min. O2sec. ; puis, selon le même principe aller jusqu'au bal,"J'ai...Lucy" (14min.14sec.), ou "Seul l'avenir compte" (15min.25sec.) en reposant à chaque fois aussi la question du héros.
Tout ce travail, pour être vraiment différent de la pratique courante du texte littéraire en classe, doit se faire au fur et à mesure de la découverte du récit, sans donc que les élèves aient connaissance de la suite, encore moins de la fin: donc, avant la projection de l'œuvre intégrale. Il deviendra après coup particulièrement intéressant de retourner aux premières impressions sur le début pour constater combien son interprétation peut être modifiée par la connaissance de l'œuvre intégrale: c'est une bonne approche des questions que soulève la distinction lecture/relecture, dont la compréhension conditionne la démarche de commentaire .

4 /Exemples de questions permettant de mettre en évidence telle ou telle notion
Diégèse/récit: à quel moment se situe la 1° image de la maison? 2 réponses possibles: 1873/après le noir.
Enonciation: à quel moment correspond "nowadays = 'aujourd'hui'"? R: date de réalisation du film =1942.

 

* N.B. : Le travail nécessite le support vidéo. Pour être en règle avec la législation lors de cette utilisation, il semble souhaitable d'en négocier l'autorisation avec le CNC, en associant cette utilisation à une projection intégrale du film en salle.
** N.B. : Si l'on veut éliminer toute lecture de texte, on pourrait imaginer d'utiliser une version doublée (mais je ne suis pas sûre que cela se trouve) .